LA MODE MOD

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         Colin MacInnes, dans son livre Absolute Beginners (Les Blancs-becs), publié en 1958, décrit The Dean (le doyen) ainsi : “Les cheveux dégradés comme les étudiants sages, avec son éternelle raie sur le côté, une chemise d'un blanc éclatant, italienne, à col rond, une veste courte taillée au style romain (2 fentes dans le dos, 3 boutons...), les pantalons étroits sans revers, 42 centimètres de tour en bas au grand maximum, pompes à bouts pointus..." L'équivalent féminin lui "porte des vêtements à bords courts, des bas sans couture, des escarpins à bouts pointus et à talons aiguilles, des jupons froufroutants en nylon semi-rigides, une veste courte format blazer, et une chevelure crêpée genre choucroute. Le visage absolument pâle : maquillage cadavérique, avec une fulgurance de mauve et une profusion de mascara.”

         Plus encore peut-être que la musique et la danse, l'apparence est l'essence même du modernisme. Ce qui différencie les Mods de tous les autres mouvements de jeunes est bien évidemment cette attention maniaque à l'élégance, sans la volonté de choquer des punks, de s'en foutre des hippies, ou de se conformer à un uniforme précis, comme les skinheads ou les Teddy Boys. Les premiers Mods – ceux que l'écrivain Paolo Hewitt, grand spécialiste de la question, appelle les Soul Stylists – furent aussi les premiers à détourner sciemment les symboles mêmes de l'élégance masculine pour en faire autre chose, pour les sublimer. Après guerre, il est presque de mauvais goût d'attacher autant d'importance à son accoutrement, à sa coupe de cheveux, et les premiers Mods sont, bien évidemment, rapidement taxés d'homosexualité. Leurs influences majeures sont pourtant tout ce qu'il y a de plus viriles. S'ils veulent être beaux, ces dandys modernes entendent aussi être menaçants et le look gangster – costume rayé, croisé, chaussures deux tons -, a une influence indéniable sur les choix vestimentaires de ces jeunes gens modernes. Une influence qui vient également de l'Italie. Comme le dit souvent Paul Weller, “c'est quand même toujours d'Italie que viennent les plus belles fringues”. Et c'est, nous l'avons vu, en singeant Marcello Mastroianni, entre autres, que les Mods ont peu à peu défini leur style. La France, avec la nouvelle vague, les pulls à col roulé de Belmondo dans A bout de souffle, les costards un peu serrés d'un Brialy, ont sans doute également marqué les esprits. Mais stylistiquement comme musicalement, c'est essentiellement vers les Etats-Unis que se tournent  les Mods lorsqu'il s'agit de puiser leur inspiration. L'apparence des Noirs américains, elle-même calquée sur celle des gangsters – la vie de musicien est rude outre-Atlantique -, a déteint sur celle des Mods, via le jazz. Mais le look qu'ils adoptent avant tout est celui de la jeunesse dorée des grandes universités américaines, le style Ivy League.

         Un peu à la manière de nouveaux riches, les Mods appliquent à la lettre la formule de Pete Meaden (“clean living under difficult circumstances ”). Ils veulent démontrer qu'en dépit de leurs origines modestes, de leur jeune âge, ils peuvent en démontrer aux parvenus, aux friqués, aux square, en matière d'élégance et de raffinement. Pour eux qui n'ont pas fait d'études, adopter le look Ivy League, celui des huit universités les plus huppées des  Etats-Unis, c'est à la fois lorgner vers cette Amérique qui fascine, et se revendiquer de ce qu'elle a de plus élitiste. Le terme Ivy League apparaît d'ailleurs à peu près à la même époque que le modernisme (1954) pour qualifier les compétitions sportives opposant ces huit campus fondés par les colons anglais (Brown, Columbia, Cornell, Dartmouth, Harvard, Princeton, Pennsylvania, Yale). Et ces universités imposent à leurs étudiants un code vestimentaire précis : blazer à trois boutons, cravates, pantalons étroits sans plis, pointes du col de chemise boutonnées. Aux pieds, des mocassins. Voilà, presque à la lettre, le look que vont adopter les modernistes anglais. Le blazer est en mohair, les textiles naturels étant préférés aux synthétiques, le pantalon sans plis est peu à peu remplacé par un Levis Sta-Prest ou 501, et la nature sportive de la Ivy League n'est pas oubliée : les Mods détournent non seulement la tenue de “sortie” des étudiants Wasps, mais aussi une partie de leur panoplie sportive. Ainsi ils seront parmi les premiers à transformer des tenues de sport, du sportswear, en accessoires d'élégance. En cela aussi, ils seront précurseurs.

         Le fabriquant le plus souvent associé au style Ivy League est Brooks Brothers, vénérable maison fondée en 1818 à New York. À la fin de la guerre, certains des GIs restés à Londres portaient des chemises et des costumes taillés chez Brooks, qui fascinèrent immédiatement les premiers modernistes. Des boutiques spécialisées commencèrent à éclore, où l'on retrouva Georgie Fame, les musiciens de jazz et les premiers Mods. Austins, dans Shaftesbury Avenue, est  la première boutique à importer des chemises Brooks. Une autre boutique, celle de Cecil Gee, se spécialise dans la chaussure italienne, Vince, un tailleur juif, remet au goût londonien le style parisien Rive Gauche : pantalon blanc et pull noir à col roulé.

         Petit à petit, le paradigme vestimentaire Mod s'affine, mais en restant relativement fidèle à ces principes de départ. Le blouson Harrington, lui aussi issu tout droit des campus américains, vient apporter une alternative estivale au blazer. Les maillots de cyclisme, avec leur design involontairement pop art, puis les polos de tennis ou les chaussures de golf ou de bowling prolongent cette appropriation de la tenue sportive à des fins d'élégance.

         La parka fait peu à peu son apparition, non pas comme un élément essentiel de la panoplie, mais seulement pour protéger le costume soigneusement choisi et étudié des vicissitudes du climat britannique.

         Pour les jusqu’au-boutistes du mouvement, il est totalement hors de question d'instaurer un uniforme. Au contraire, chaque semaine, chaque jour apporte sa nouveauté, son excentricité, son originalité, avec comme seule contrainte de se conformer à ce code à la fois canaille et guindé qui est la marque du modernisme. Les boutiques et les stylistes font le reste. Après Brooks Brothers, les Mods s'inspirent des canons de Pierre Cardin à Paris ou de Brioni, le tailleur des stars hollywoodiennes et de la Mafia. À Londres même, Cecil Gee puis John Stephen anglicisent le style Mod.

         John Stephen débarque à Londres de Glasgow en 1952 et ouvre sa première boutique dans Beak street. Bientôt, il a investi le coin d'une rue mal famée, Carnaby Street. Quelques années plus tard, notre Ecossais dirige une quinzaine d'établissements dans la rue qui est devenue l'artère principale du Swinging London et où se presse le monde entier. Excentrique et dandy, toujours flanqué de son berger allemand Prince, Stephen a compris avant les autres que les jeunes ont besoin de leur propre mode, colorée et bon marché, qui doit changer aussi vite que les modes. Il impose le pantalon taille basse, les chemises à fleurs et les kaftans afghans. Une plaque rend aujourd'hui hommage à ce visionnaire au coin de Beak et de Carnaby.

         Bien sûr, dès que Carnaby Street devient à la mode, les “vrais” Mods la fuient pour des endroits plus discrets, plus authentiques. Chelsea, Kings Road connaissent à leur tour leur heure de gloire, mais c'est surtout dans une boutique de Richmond, l'Ivy Shop, qu'ils trouvent leur bonheur. Ce temple du style Ivy League est ouvert en 1965 par John Simons, qui a travaillé en free-lance chez Austins et chez Cecil Gee. Défenseur forcené du style Ivy League – il l'est encore aujourd'hui dans sa boutique de  Covent Garden -, Simons est saxophoniste et passionné de jazz West Coast qu'il associe directement à son style de vêtements favoris. Puriste, il décrit ainsi le style des jazzmen “modernistes” qui sont les pionniers du mouvement: « look sharp, be sharp, feel sharp – file your head to a point » (Tu dois avoir  l'air affûté, être affûté, te sentir affûté: affûté à t'en tailler la tête en pointe!) C'est à l'Ivy Shop que les Mods développeront le code strict que s'impose Simons à lui-même. Simons ouvrira ensuite The Squire Shop sur Brewer Street et Village Gate sur Kings Road avant de se brouiller avec son associé Jeff Kwintner.

         Avec le temps, et le développement du mouvement à la suite des émeutes de 1964 – ce sera encore le cas en 1979 -, la tendance à l'uniformisation du look Mod, dans son moindre détail, va s'affirmer. Petit à petit, l’uniforme s'enrichit d'une palette d'éléments indispensables pour être estampillé Moderniste.  Après le blazer et les chemises Brooks, d'autres modèles s'imposent, dont certains vont devenir des classiques du style.

         Le blouson Harrington

         Le blouson modèle G9 de Baracuta, plus connu sous le surnom de Harrington, tire cette appellation de Rodney Harrington, l'un des personnages de la série télévisée Peyton Place, interprété par Ryan O'Neal, qui le portait dans plusieurs épisodes. John Simons assure que c'est lui qui a ainsi baptisé ce blouson produit par la firme Baracuta à Stockport (banlieue de Manchester qui est aussi la ville natale de Fred Perry), depuis les années 1930. Il fut conçu par les frères John  et Isaac Miller, qui cherchaient à développer pour Baracuta un coupe-vent qui protège aussi de la pluie. La doublure  reprend le motif du tartan du clan écossais Fraser, qui a donné son autorisation à la marque Baracuta pour être ainsi reproduit. 

         Rapidement intégré dans la panoplie Ivy League et adopté par les golfeurs, le blouson fut porté par Frank Sinatra et Elvis Presley – dans le film King Creole - et reste l'un des symboles de l'élégance décontractée de l'homme américain des années 60. James Dean arbore un modèle rouge dans la Fureur de vivre. Steve McQueen fut également un adepte du fameux blouson et c'est sans doute l'acteur d’Au nom de la loi qui  a le plus influencé le look qui allait devenir celui des skinheads : regard froid, cheveux coupés très courts, blouson Harrington. La coupe et l'apparence du blouson – avec son revers écossais – ont depuis été reprises par de nombreux fabricants comme Fred Perry, Merc, Ben Sherman, Lonsdale ou Warrior Clothing.

         Pour les Mods, le Harrington était idéal l'été comme blouson de scooter et il fut adopté par la suite par les scootéristes, ces groupes d'amateurs de scooters qui se réunissent en bandes pour célébrer leur passion commune pour Vespa ou Lambretta.

 

         Les chemises Ben Sherman

        

         Ben Sherman – diminutif d'Arthur Bernard Sugarman - commença à produire des chemises en 1963 dans un atelier de Brigthon, en pleine vogue Mod. Sherman avait passé une partie de son enfance aux Etats-Unis où il s'était familiarisé avec le style Ivy League. Le destin de la marque va aussitôt coïncider avec celui du mouvement Mod. Adoptées par les jeunes gens qui se rendent à Brighton l'été, les chemises en coton d'Oxford, inspirées des modèles de Brooks – col boutonné - mais plus modernes et colorées, gagnent bientôt Londres et Carnaby Street, où la marque ouvre une boutique en 1964. En 1969, Ben Sherman lance une ligne pour dames avant de se retirer en Australie en 1975.  Le revival Mod de 1979 relance la marque dont le succès ne s'est, dès lors, plus démenti. Paul Weller, adepte de Ben Sherman depuis son enfance, a récemment conçu ses propres modèles.

         D'autres marques de chemises prisées des Mods des années 60 étaient les Brutus et les Jon Wood, marques un temps disparues – les Brutus Trimfit ont refait leur apparition récemment -, mais aussi les modèles hauts de gamme de la marque  Arrow, le premier fabricant de chemises aux Etats-Unis depuis 1851.

         À lire: Paolo Hewitt & Terry Rawlings (2004). My Favourite Shirt: A History of Ben Sherman Style.

         Le polo Fred Perry

         Fred Perry, le plus grand joueur de l'histoire du tennis anglais, a non seulement réussi sa carrière sportive, mais aussi sa reconversion. Le premier joueur à avoir remporté les quatre tournois du grand chelem lance ainsi en 1952 une chemisette inspirée des polos lancés vingt ans plus tôt par le joueur français René Lacoste. Il les offre aux joueurs lors du tournoi de Wimbledon, et ces polos sont ornés de la couronne de lauriers qui est alors le symbole du tournoi. Les polos Fred Perry sont un succès instantané. D'abord uniformément blancs, comme l'impose alors le code tennistique, ils se déclinent à partir de la fin des années 60 en divers modèles, souvent imposés par les Mods eux-mêmes. Des célébrités – et non des moindres puisque John Fitzgerald Kennedy est l'un d'entre eux -, sont conquis. Dans les années 70, le regain de popularité du tennis lance une course aux équipementiers dans laquelle Fred Perry refuse d’entrer : la chemisette quitte alors les courts pour devenir l'un des  éléments de base de la panoplie des Mods, des skinheads et des supporters de football. Comme les chemises Ben Sherman, le “Fred” est adopté par les générations successives de musiciens qui adhèrent à l'esthétique Mod, des Who aux Jam, aux Specials, jusqu'à Blur et aux Arctic Monkeys.

         Cette appropriation du polo Fred Perry par les Mods est assez symptomatique de leur démarche esthétique. La chemisette est en effet à la fois élégante et décontractée, jeune et classique, et elle émane d'un sport, le tennis, associé aux classes les plus aisées de la société. Adopter le polo Fred Perry, c'est déjà s'élever socialement. Le polo Fred Perry fut ainsi un des premiers exemples de ce que la presse anglaise appelle la prole drift (dérive prolo), à savoir l'appropriation d'un bien de consommation de luxe par une classe sociale moins aisée.

         Interview de Richard Martin, directeur du marketing de Fred Perry:

         « La culture Mod est dans le sang de la marque Fred Perry. À la fin des années 50 et jusqu'aux années 70, le polo a été adopté par les premiers Mods et est devenu partie intégrante de l'uniforme. C'est un vêtement qui collait parfaitement à leur recherche d'élégance et à leur goût du détail – ces subtiles différences de coloris dans le col qui font la différence. Nous avons toujours conservé nos modèles classiques, le blanc, le noir à col doré, le Bourgogne, ils font partie de notre héritage, et nous avons évolué par petites touches, sans jamais trop nous éloigner de ce qui fait de la marque une marque culte, qui fait notre succès. Le polo Fred Perry a été plutôt adopté, me semble-t-il, par des jeunes  des milieux populaires alors que Lacoste et peut être encore plus Ralph Lauren, touchent plutôt des gens d'un niveau social élevé. Je pense que les jeunes ouvriers des années 60 à nos jours peuvent s'identifier à Fred Perry, qui était fils d'un syndicaliste de Manchester et qui s'est élevé à la force du poignet dans un monde très élitiste qui était celui du tennis à l'époque ».

         Pantalon cigarette et Levis 501

         Pour les pantalons, les Mods sont restés en tout point fidèles à l'esthétique jazz, celles des musiciens noirs des années 40 et 50, mais aussi des zazous français de l'occupation. La jambe doit être droite, sans pli, un peu en forme de gouttière (drainpipe), ce qu'on a appelé en France le pantalon “cigarette”. L'ourlet doit être assez haut et laisser apparaître des chaussettes de préférence rouge (encore une influence directe des Zazous...). Par la suite, les Mods adopteront des jeans qui collent parfaitement à cette esthétique : le vieux 501, l'un des premiers modèles de Levi-Strauss, conçu à la fin du XIXe siècle, mais plus encore le Sta-Prest, lancé à la fin des années 50 et qui proscrit le pli, d'autant qu'il n'a pas besoin d'être repassé. Les marques Lee et Wrangler produiront également des modèles du même type. Au plus fort des Sixties, les Mods enfilaient leur 501 ou leur Sta-Prest dans un bain d'eau froide afin qu'il devienne véritablement une seconde peau.

         La parka

         Pour beaucoup, la parka est devenue le trait le plus apparent de la panoplie Mod et pourtant, ces grands anoraks verdâtres ou kakis, prolongés d'une capuche, sont à des lieues de l'élégance stylée recherchée par les modernistes. C'est, comme pour le blouson Harrington, l'usage du scooter qui popularisa ces vêtements de pluie conçus pour l'armée américaine. Dans les années 60, les Mods teignaient leurs parkas aux couleurs de leur scooter et les bardaient d'écussons signifiant leur attachement à tel groupe, ou des chiffres. Dans la doublure apparaît une carte, qui était cousue par l'armée américaine pour que les soldats se repèrent dans leur zone d'opération. La légende prétend que la parka était particulièrement utile pour cacher des armes, et notamment le fameux hameçon utilisé par les Mods lors de combats contre les Rockers. Les parkas les plus recherchées par les exégètes du look Mod standardisés sont les M-51 et les M-65 de l'armée américaine, ainsi nommés en raison de leur année de fabrication.

         La parka, contrairement aux autres composants de la panoplie Mod, était relativement bon marché et se dénichait dans les surplus américains. Aujourd'hui, une M-51 va chercher dans les 300 euros ! La pochette de l'album Quadrophenia, puis l'affiche du film, relancèrent la vogue de la parka, qui est à nouveau revenue au goût du jour au début des années 2000, mais plus dans l'accoutrement des jeunes de banlieue que dans celui des néo-Mods, même si Liam Gallagher aime s'afficher sur scène avec une M-51vintage. Le chanteur d’Oasis a même monté sa propre ligne de vêtements, baptisée “Pretty green”, du titre d’une chanson des Jam, pour laquelle il a tourné des pubs en parka vintage.

         Tee-shirts et cocarde

À partir du milieu des années 60, peut-être sous influence des maillots de cyclisme qu'arboraient les premiers modernistes, mais aussi par attrait pour la mode venue des Etats-Unis, les Mods adoptèrent le tee-shirt, à l'origine sous-vêtement puis vêtement de golf, popularisé dans les années 50 par James Dean ou Marlon Brando. Mais loin de se contenter des modèles unis de cette époque, les Modernistes commencèrent à y ajouter des éléments de décoration inspirés du pop art, Union Jacks, motifs géométriques, damiers, flèches, mais surtout la cocarde de la Royal Air Force qui deviendra l'emblème de la culture Mod.

         À l’origine, l'armée de l'air britannique arborait sur ses cockpits une croix qui ressemblait trop à celle de l'aviation allemande. Elle s'inspira donc de la cocarde française, inversant seulement l'ordre des couleurs. Le tee-shirt à cocarde fut porté pour la première fois par les Who fin 1964. Depuis, ce tee-shirt est devenu l’emblème et le best-seller de la firme Merc.

         Pulls et polos John Smedley

         Fondée en 1784, la firme John Smedley est devenue une institution au Royaume-Uni pour ses pulls, ses cardigans et ses polos. Les Mods adoptèrent d'ailleurs les chemisettes sport John Smedley bien avant les Fred Perry, privilégiant les modèles rayés à manches longues. Mais ce sont aussi les pulls à col rond, aux motifs géométriques et les gilets à losanges de la firme du Derbyshire qui firent sa renommée dans les années 60 et font qu’aujourd’hui, les pulls John Smedley sont aussi portés par Sean Connery, Tom Cruise ou Madonna.

         Les chaussures

         Le code Ivy League impose des mocassins de type penny loafer, c’est-à-dire ornés sur le dessus  d'une bande de cuir où les étudiants américains glissaient un penny porte-bonheur, d'où leur surnom. Les loafers, d'abord produits en Norvège, firent la fortune de la marque Spaulding puis de la firme Bass, qui lança les Bass Weejuns (pour Norwegians).

         Mais la chaussure typique du Mod des années 60 fut le winklepicker (littéralement ramasseur de coquillages!), qui se caractérisait par son bout extrêmement pointu. La version en bottine, avec bande élastique au niveau du mollet, fur popularisée par les Beatles et est connue sous le nom de Chelsea boot. La légende prétend que les Modernistes optèrent pour ce bout pointu par opposition aux creepers, les chaussures à bout carré des Teddy Boys. Aujourd'hui diverses déclinaisons du winklepicker chaussent tous les pieds un tant soit peu rock'n roll...

         Les Mods adoptèrent également les Desert Boots, connus en France sous le nom de l'un de leurs principaux fabricants, les Clarks. Le modèle de bottillon en cuir élimé aujourd'hui célèbre dans le monde entier fut lancé en 1950 par Nathan Clark, qui s'était inspiré des modèles bon marché dénichés dans les marchés du Caire.

         Last but not least, la Doc Martens fut aussi l'une des chaussures des Mods, surtout des années 80, où les frontières stylistiques du mouvement avec les skinheads étaient poreuses. Confortables, increvables, imperméables et relativement élégantes, les Docs, inventées en Allemagne par le médecin Klaus Maertens après une chute de ski, étaient idéales pour la pratique du scooter. Le modèle de base reste le premier, lancé le 1er avril 1960 par la firme Grigg's de Northampton et depuis baptisé 1460 en raison de sa date de commercialisation. 

         Les chapeaux

         Le couvre-chef n'est pas vraiment un élément indispensable de la tenue Mod. Passer tant de temps à se faire une coiffure soignée serait tout gâcher en la cachant sous un chapeau. Les Mods étaient tellement réticents à porter des chapeaux que pour Kenny Jones, batteur des Small Faces puis des Who, c'est l'obligation de porter le casque en scooter qui aurait tué le mouvement Mod des années 60 ! Pourtant, il est vrai que certains Mods sur les photos d'époque, et plus encore lors de la vague de 1979 portaient des couvre-chefs. Le plus répandu, depuis les Sixties, est sans doute le fameux pork-pie hat, le chapeau rond de cuir noir qui est l'emblème des Rude Boys jamaïquains. Mais on vit également, pour accentuer le côté British, des Mods porter des casquettes à la Sherlock Holmes, tandis que les modernistes de la fin des années 50 n'hésitaient pas à porter des casques de cyclistes.

         Et les filles?

         Individualistes et narcissiques (qui a dit Anglais?), les Mods étaient trop fascinés par leur propre image pour s'intéresser ostensiblement aux filles. Pourtant, elles étaient  là, omniprésentes sur les pistes de danse et à l'arrière des scooters. La modette standard porte les cheveux coupés court, entre Louise Brooks et Audrey Hepburn, se maquille à outrance sur un fond de teint blafard. Elle porte des petites robes ornées de motifs géométriques inspirées des créateurs du moment, Yves Saint-Laurent, Cardin, et bien sûr les stylistes du Swinging London, Mary Quant ou Ossie Clark.

PAUL WELLER SUR LA MODE MOD.

The Observer, 13 mai 2007:

         « Je suis d'une époque où les gamins se sapaient. Tous les gamins. Celui qui ne se sapait pas n'osait pas se montrer. Tout était très tribal. Ça avait ses bons côtés. C'est ma culture, mes racines. Peut-être que je n'ai pas grandi.

         Quand j'étais un môme à Woking, toutes les semaines, on allait danser après les matches de foot, et à chaque fois, les gamins les plus en vue portaient quelque chose de différent. On essayait toujours de les imiter, mais c'était impossible parce que le temps d'économiser l'argent de poche pour pouvoir se payer la fringue en question, ils étaient passés à autre chose. C'est le principe même de la mode Mod.

         Je vous parle de la fin des années 60 et du début des années 70 et nous étions tous des post skinheads, des suedeheads. On était des mioches, trop jeunes pour être des vrais skinheads, de toute façon. Mais le style des plus âgés déteignait sur les plus jeunes. Le socle sur lequel tout cela s'est forgé, ce fut le look des universités américaines, le look Brooks Brothers : les cardigans et les gilets, les chemises à col boutonné et les Sta Prest de Levi's. C'est de là que tout est parti. C'était un moyen pour les gens peu fortunés de se mettre en avant.

         Je me souviens qu'on trouvait les chemises Ben Sherman d'origine jusqu'à la fin des années 70. J'avais dû vraiment me serrer la ceinture pour me payer ma première chemise Ben Sherman. Sinon, on se rabattait sur les chemises Brutus, le deuxième choix. Mais c'est vraiment les Ben Sherman qu'on voulait. La toute première que j'ai eue était jaune citron. J'avais 12, 13 ans et elle était beaucoup trop grande pour moi. Mais comme j'étais un gosse, je ne me rendais pas compte que j'avais le droit de la ramener à la boutique. Je l'ai portée jusqu'à ce qu'elle soit à ma taille.

         C'est l'esthétique qui me revient à l'esprit. Les couleurs et l'aspect des fringues ne m'ont jamais lâché. C'était très important pour moi, c'était une déclaration d'intention. (...) Cet amour du détail, ce côté Mod, pour moi c'est éternel. C'est imprégné en moi, je n'y pense même pas. Je m'éclate à rentrer dans un magasin de meubles, même pas pour acheter. Juste pour admirer les courbes, la coupe, la forme d'un meuble. C'est de l'art, en fait. Il y a une boutique à Knightsbridge, que des meubles italiens. C'est comme de rentrer dans une galerie d'art. Après tout, la plupart des fringues correctes sont fabriquées en Italie, non ? »

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